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Dés les premières Corridas 2004, vous trouverez sur cette page
les Emotions de Daniel BERNABÉ poéte NIMOIS
et précieux collaborateur du CORRIDA-Photo 2004

11 Mars 2004 Solidarité avec l'Espagne


N’oublions jamais !

Nous autres, amateurs de toros, aficionados, nous allons chercher,aux Arênes, l’évasion et l’émotion.
Evasion de nos tracas quotidiens, émotion suscitée par le jeu de la mort et de l’art. Risque virtuel par toro et torero interposés.
Adhésion à cette tradition, à cette Histoire de la péninsule ibérique, libérée du joug pesant qui la maintenait dans une injuste léthargie, accueillie aujourd’hui par cette Démocratie nouvelle qui lui va si bien et à laquelle elle s’est naturellement et intelligemment identifiée.
Nous autres français, nous aimons l’Espagne, nous aimons les Espagnols,nous aimons leur exponentielle ascension vers la Liberté.
Et c’est bien sur pour cette raison qu’aujourd’hui, nous sommes tristes, nous sommes consternés, nous sommes solidaires, nous sommes sanguinolents de tant d’horreurs, de tant de haines aveugles, de tant de barbaries inhumaines, de tant d’irréversibles cheminements d’assassins fous.
Ce 11 mars 2004, la tache honteuse qui est venue, comme un virus informatique sournois, altérer le mystérieux fonctionnement de notre âme, fera que rien ne sera plus jamais comme avant.
Bien sur, nous retournerons aux Arênes, nous reverrons des toros et des toreros et nous vibrerons, encore, aux comportements des uns et des autres. Mais, au moment du paseo, ou au moment intime où chacun de nous le ressentira au fond de lui sans l’exprimer, par respect, nous aimerons encore plus l’Espagne, nous aimerons encore plus les Espagnols, parce qu’il y aura eu le 11 mars 2004 : N ’oublions jamais !

NEWS

FERIA DE NIMES du 26 mai au 1 juin 2004

LA PORTE DES CONSULS (dimanche 30 mai 2004)

(Enrique PONCE-Mathias TEJELA-Juan Pedro DOMECQ)


Qu’ils étaient beaux dans l’or de leurs habits tachés
Armures dérisoires devant l’assaut des fauves
Mais parements de Rois dés lors qu’ils scintillaient
Au portail de la gloire : La Porte des Consuls !!!
Rarement a-t-on vu dans l’Arêne Nîmoise
Si somptueux départ de louanges embelli ;
Enrique le sorcier, Mathias le bon élève
Et Juan Pedro DOMECQ éleveur prestigieux
Offrant à l’exigence le si brave ANHELOSO ;
Mais je n’achèverai l’indélébile histoire
Sans ajouter le nom de l’inventif torero
Dont les grandes faenas furent récompensées
Et qui, sous les honneurs regagna le toril
Tête haute et allure élégante et légère
Comme seul Xavier CONDE sait nous faire partager.


Encore une fois, nous n’écrirons que l’émotion sans pour autant mépriser les autres moments, ceux que l’on ne retient pas avec le temps, ceux qui s’échappent, s’ effilochent, évanescents et impalpables souvenirs. Nous n’écrirons que l’émotion, née secrètement dans les plis des muletas de Enrique PONCE, de Xavier CONDE, de Mathias TEJELA, mais aussi dans le sang noir des toros de DOMECQ et de PALHA présentés ce dimanche 30 mai 2004, dans la plazza de NIMES .



Enrique PONCE et l’indulgence d’ANHELOSO, toro de DOMECQ
Dimanche 30 mai 2004, 11 heures.

Ce jour là je n’ai vu qu’une cape irréelle
Accueillant ANHELOSO dans sa première course,
L’amenant joliment à la cavalerie
Puis le sortant du quite, sans le brusquer jamais.
De même ai-je perçu une étrange muleta
Ondulant amplement, comme un drap de fantôme
Inviterait au jeu dans un château hanté ;
Elle se déployait toute lisse et brillante
Comme un carré de soie, lègère et délicate
Et son frémissement à peine perceptible
N’était qu’une caresse effleurant les deux cornes.
Longtemps, elle a dansé cette valse brillante
Des notes de CHOPIN naturellement née
Enivrée de bonheur à chaque rotation,
Elle ralentissait la mesure du temps
Dont le sens échappait à mon esprit soumis.
Elle se déplaçait en glissant dans l’air pur
Sans aucune saccade, comme une aile d’oiseau
Lentement déployée ralentirait un vol.
Mes yeux accompagnant cette étoffe magique
L’ont vue, sans sourciller et progressivement
Eblouir de ses feux, comme un astre rougeâtre
Poserait ses rayons sur une mer étale.
Une dernière fois douce et resplendissante
Elle vint se placer à trois pas du berceau
Qui tendait calmement ses pointes effilées.
C’est là, en cet instant oû elle s’avança
Que j’ai vu une main orpheline d’épée
Venir sur le morillo dégoulinant de sang
Déposer tendrement une ultime caresse,
Geste respectueux et symbole éloquent.
Cette main responsable de la sorcellerie
Qui venait d’envoûter douze mille fidèles
Etait celle de PONCE, torero valencian
Prenant place pour nous sur le trône d’un Roi
En accordant la vie au somptueux complice.

FIGURAS DE TOROS

Les figures de tauromachie sont souvent des hommes, toreros de lumière, dieux vivants au milieu du ruedo ou hors celui-ci quand, passés à la postérité, ils ont pour noms Manuel Benitez EL CORDOBEZ, Curo ROMERO, Ortega CANO, ANTONETE et autres Rafael DE PAULA,
mais aussi intemporels magiciens lorsque, ayant quitté ce monde agité, ils alimentent le rêve de notre imagination et de notre aficion indéfectible, au seul prononcé de leurs noms : MANOLETE, DOMINGUIN, ORDONEZ, OSTOS, PAQUIRRI, NIMENO II et les autres, belluaires, classiques, inventifs, artistes singuliers.
Mais, pour une fois, pourquoi ne pas hisser au firmament tauromachique en les qualifiant de « figuras », les toros de Juan Pedro DOMECQ de la course du 30 mai 2004, à 11 heures, à NIMES, (hormis le 4 ème) et les six exemplaires de PALHA sortis à la tarde de cette même journée.
Bien sûr, nous retiendrons ANHELOSO de DOMECQ et SALTILLO de PALHA auxquels on remettra le costume de lumière du campo, en leur manifestant amplement le respect qui ne sied qu’aux figures.


ANHELOSO (gracié par Enrique PONCE, dimanche matin)

ANHELOSO ! Que ton nom soit écrit, toujours
Dans nos cœurs de nîmois, dans les sombres corrales
Sur le sable rougi de ton sang valeureux
Dans la finca et le campo que tu vas retrouver
Et dans la longue histoire de Juan Pedro DOMECQ ;
Le sort a décidé que tu vives encore
Mais le sort c’est Enrique au geste sublimé
Qui demanda l’indulto avec cette élégance
Que seuls les grands maestros divinement dotés
Dispensent dans le ruedo avec autant d’aisance.
Va, toro de bandera, cicatrises tes plaies
Bientôt qu ’un souvenir parmi tant enfouis.
Durant ces cinq années d’anonymat tranquille
Où les saisons coulaient sans peur du lendemain,
Comme ton frère SIN illuminé d’indulto
Finis tes jours en paix dans la ganaderia
Auréolée de gloire et de ta majesté.


Stephane MECA, Jesus MILLAN et EL CID)

D’immenses spécimen de bravoure et de caste
Ont embelli la course de cette lourde tarde
Où six PALHA armés portant haut leur bannière
Ont livré sans répit le combat de leur vie.
Obéissant aux cites sans ménager leur souffle
Ils n’ont cessé d’entrer dans les capes savantes
Dans lesquelles ils jetaient leurs élans sans calcul,
Mais ces fauves, si beaux que nos yeux ne quittaient
Ont atteint l’impensable au moment des rencontres
Avec les picadors constamment menacés :
Eternelles minutes, admirables actions
De toros, tous rivés à l’épais matelas
Dont on a cru souvent qu’il était transpercé
Tant les queues balayantes et les muscles saillants
Incarnaient ce danger qui pouvait tout détruire.
Ce lot exceptionnel venu de l’Atlantique
Avait pour chef SALTILLO, le plus beau, le plus fort,
Insensible aux blessures et à leurs conséquences,
Entré dans son combat de toute sa puissance
Sans jamais regretter ce pour quoi il vécut.
Alors, quand sur le sable les clameurs se sont tues
Et que le voile ultime emporta son regard,
SALTILLO revécut pour le temps d’une vuelta
Que l’arrastre, au pas, respectueusement
S’appliqua à régler sous les rumeurs d’applausos
Qui n’en finissaient pas de suivre le cortège
Disparaissant au loin avec le grand toro
Dont la longue dépouille en forçant le respect
Glissait à tout jamais à la postérité.

Feria en ARLES (Lundi 12 Avril 2004)


PADILLA-CASTELLA-JIMENEZ

Je ne saurais écrire ci-dessous quelques lignes relatives à la leçon magistrale que Sébastien CASTELLA administra à son toro, après qu’il fût pris à la cuisse par celui-ci, frôlant l’irréparable…
sans souligner la vaillance et le courage de PADILLA, malmené lui aussi par son deuxième toro, et la majestueuse élégance de JIMENEZ dont le répertoire, réduit ce jour là, n’en fut pas moins totalement maîtrisé.



Et la lumière fut….

Devant l’assaut fougueux, habitué au rite
Le maestro entamait ses passes favorites
Ignorant le danger que leur répétition
Substituait alors à la moindre intuition ;
Il toréait, sans peur de ce lourd adversaire
Pensant que l’attention n’était plus nécessaire
Et croyait achever la faena honorable
Comme il l’avait tant fait pour d’autres, innombrables,
Mais les toros toujours garderont leur mystère
Qui confère à chacun son propre caractère
Et c’est quand on les croit résignés et soumis
Que leurs coups sont mortels et leurs forfaits commis ;
Même toi, Sébastien, dont le métier commence
N’ attends pas des toros un geste de clémence !
Ils défendent leur vie et sont donc respectables
Mais ne sont pas dotés d’une âme charitable ;
En ce lundi de Pâques ce cinquième toro
Menaça ton aura de brillant torero
En te jetant au sol, recouvert de poussière
Tu fus en un instant une forme grossière
Et le cirque interdit en retenant son cri
Avait à la frayeur totalement souscrit ;
En relevant ton corps maladroit et meurtri
Tu montras le courage dont ton cœur est pétri
Et pour notre bonheur et notre délivrance
Tu entras dans la grâce et avec assurance
Prolongeant des séries de passes ralenties
Tu entraînas le « bicho », ivre et anéanti
Vers l’immense faena dont tu as le secret
Perfectionnant tes gestes à l’orée du sacré ;
Alors, t’en remettant aux lois surnaturelles
Entre les longues cornes tu cambras ton corps frêle,
N’ayant plus rien d’humain tu fus éclaboussé
Par les rayons du « duende » qui t’avaient caressé.


Eternel féminin…..



Sébastien CASTELLA officiait sur le sable
Après ce coup de corne qui put être fatal
Et chacun faisant sien ce moment saisissable
S’abreuvait de l’ivresse d’un si grand récital ;
Moi, sans lâcher du regard la muleta infernale
Qui dictait son savoir inépuisablement
Je perçus au milieu de rafales hivernales
La chaleur d’un émoi d’abord timidement,
Puis s’imposa l’image de cette longue femme
Dont le regard bleuté laissa choir quelque trouble
Joliment contenu et préservant sa flamme
Comme un foyer naissant dont la force redouble ;
Malheureux Sébastien qui ne saura jamais
Que deux mains libérées élégamment gantées
Lui furent toutes acquises et battront désormais
Dans l’Arêne de la vie ou dans des rêves hantés !!!.


Feria en ARLES (Samedi 10 Avril)


Quels novillos !!!!


Avant d’écrire quelques lignes sur ces trois magnifiques novilleros je voudrais rendre hommage aux 6 novillos, et à travers ces honorables specimen, aux ganaderos eux-mêmes, dont le métier est récompensé aujourd’hui par les conséquences de la présentation d’un tel lot.
Je leur souhaite, à ces professionnels de la corrida, à ces éleveurs de fauves,aux ganaderos MARTELILLA et PARADIS, de multiplier de telles naissances, d’élever d’aussi braves exemplaires, et de faire entrer dans les Arênes, de si extraordinaires adversaires, de noblesse, d’abnégation, d’acceptation du combat, obéissant aux cites jusqu’à la fin.
Dans cette nébuleuse que constituent les choix des toros pour la course en fonction des intérêts aussi nombreux que divers des uns et des autres, il existe, quelquefois, l’option de satisfaire celui pour lequel tout est organisé, celui qui doit être respecté, celui qui se déplace, affronte le froid et la pluie, et paie cher une place dont il est, deux heures durant, le fier propriétaire : le public !!!
Alors merci messieurs les éleveurs, merci pour ce lot de novillos du samedi matin, 10 avril 2004 en Arles, qui, à mes yeux, mérite amplement que l’on s’y attarde, puisqu’il ne souffre aucune comparaison avec des lots de toros annoncés parfois comme « prestigieux » qui ont terni, par leur insupportable médiocrité, des courses qui osaient alors s’appeler « corridas de toros ».




Novilleros, je vous aime !!!

Angel PERRERA , Caro GIL, Luis BOLIVAR, vous auriez pu, aujourd’hui en Arles, passer l’alternative, et devenir matador de toros.
Ce ne sont ni votre technicité, ni vos erreurs, qui m’intéressent ici, mais bien autre chose, dont nombre techniciens en tauromachie et autres pourtant bons praticiens voudraient être dotés : le courage, l’honnêteté, le sang froid, le respect du public mais, ô plus important encore, le respect de ce que vous faites, le respect du métier que vous avez choisi, le respect de vous-mêmes.
J’espère vous revoir messieurs, le plus rapidement possible, et suerte pour le doctorat !!!


Sous le ciel grisonnant de ce Pâques glacial
Qui pouvait espérer au moment du paseo
Se réchauffer le cœur six faenas durant ?
Car ces trois jeunes espadas qui aspirent aux cimes,
Ont donné de leur être tout ce qu’il renfermait
De courage éclatant et d’ouvrage appliqué ;
A travers leurs efforts toujours renouvelés,
Ils ont permis l’espoir dans le cirque attentif
Ils ont permis la joie, le présent l’avenir
Remplissant leur contrat et de quelle manière !
Ils n’ont pas renoncé et comme leurs aînés
Ils sont sur le chemin des triomphes avec gloire
Que du fond de mon cœur je leur souhaite prochains
Pour les remercier de leur engagement
Dans ce ruedo arlésien où leur nom fut écrit.




Caro GIL de la trempe des grands.

1er novillo 2 oreilles

Peu souvent ai-je vu recevoir un novillo
Par de si élégantes et belles « serpentinas »
Annonçant clairement de nobles intentions
Dés lors que fut perçu l’adversaire cornu
Qui lui-même annonçait son désir d’en découdre ;
Alors sans nous laisser le temps de respirer
Au cours de ce troisième tercio si intense
S’enchainèrent les séries de parfaits derechazos
Faisant sortir le bicho par un pecho galbé ;
Le toreo construit devenait maestria
Car émergeait le temple de ce poignet d’enfant
Qui n’en finissait pas de fabriquer de l’art
A tel point que parfois tandis que le novillo
S’engouffrait lentement dans la muleta ouverte
Son regard s’échappa vers des gradins acquis
Mesurant le culot d’un Caro GIL gagnant
Qui d’une épée entière neutralisa le bicho.




2 ème novillo 2 oreilles (sérieuse cornada)


Il se joua la vie en pleine conscience
En mélangeant le risque et l’art de sa science
En diffusant la peur et la quiète assurance
Faisant naître en nos cœurs toutes les espérances ;
Il toréait pieds joints majestueusement
Tandis que son regard courrait avidement
Vers ce public surpris qu’il souhaitait conquérir
Arrachant des sourires qu’il voulait voir fleurir ;
C’est alors qu’il entra dans cet espace unique
Réservé aux maestros et faenas harmoniques,
Ou la vie et la mort confondant leur frontière
Surabondent de charme pour être l’héritière
D’une gloire ascendante ou d’un élan fauché,
D’une vie rayonnante ou d’une vie gâchée ;
Excès de confiance ou seconde fatale
La corne le surprit comme frappe un crotale
S’enfonçant dans sa chair comme un poison meurtrier
Tétanisant le corps du valeureux guerrier ;
Mais c’était sans compter sur ce sursaut suprême
Qui propulse des hommes aux limites extrêmes
Transformant Caro GIL dégoulinant de sang
En héros de Corneille, seul mais éblouissant ;
Il combattit debout avec cette arrogance
Qui savamment dosée devient de l’élégance
Et offrit pour l’histoire une faena immense
Qui pour nous eut le ton d’une douce romance ;
Orfèvrerie magique, experte bijoutière
Telle fut l’estocade qui pénétra entière
En emportant la vie du novillo roulant
Qui macula le sable de son sang ruisselant ;
Alors ce fut la gloire et ces instants magiques :
Public et novillero, communion idyllique ,
Ganadero et novillo, et vuelta triomphale
Ont fait parler leur cœur en Arles provençale.



Dimanche 29 février 2004 : (César RINCON, Manuel CABALLERO, Mathais TEJELA)


1er toro :

Maestro d’envergure maitrisant chaque bicho
Il enchaina de suite six grandes naturelles
Finissant par un pecho laissant seul l’adversaire
Qui dut charger encore six parfaits derechazos
Conclus d’un autre pecho impeccablement fait ;
Alors, après les piques et les banderilleros
Ce fut la lutte à mort, terrible corps à corps
Où César n’octroya aucune initiative
Au toro submergé par un tel répertoire ;
Quel dommage que seule, la troisième tentative
Eut raison du toro d’une superbe entière !!!


2 ème toro :

Cinq cent soixante dix huit kilos de bravoure,
Tel fut ce beau toro se livrant à deux piques
Qu’il reçut sans broncher de la cavalerie ;
Impérial, le maestro au beau milieu du ruedo
Le cueillit plusieurs fois par des cites de loin,
Où l’on put voir l’assaut du Baltasar Iban
Freiné et maitrisé par un poignet magique
Qui, d’une seule épée administra la mort
D’un adversaire digne concédant deux oreilles.

N.B. Avant même que le premier toro surgisse du coral, 5000 spectateurs acclamèrent
César RINCON qui dut s’avancer, ému, à quelques pas du burladero.





Festival à NÎMES le 29 Février 2004


AVE LES CESARS, EMPEREURS DU RUEDO !!!


Décidément les profondeurs tauromachiques échappant à l’esprit humain même le plus initié ont quelque chose de commun avec les surprises célestes.
Je ne m’attarderai pas sur cette Féria de PRIMAVERA, et César RINCON ne perd rien pour attendre, car j’écrirai sa maestria, son engagement, son art et tout l’amour que le cirque nîmois lui porte à juste titre.
Je dirai en une phrase qu’il est inadmissible qu’une corrida, qui s’annonce ambitieuse autour de figures incontestées, (elles le restent encore), présente, comme samedi, des animaux convalescents et souffreteux que je n’ose pas qualifier de « toros », prolongeant ainsi, auprés d’un public connaisseur qui a du braver le froid et l’ennui, la médiocrité d’ un vendredi nocturne qui aurait pu être « flamenco » autant à l’orchestre que dans le ruedo.
Comme en Arles dimanche dernier, je soulignerai ce dimanche matin serein, où les costumes andalous ont offert leur générosité dans une démonstration particulièrement poignante, montrant ainsi leur sincère élan de solidarité envers les sinistrés gardois des inondations dernières. Qu’ils soient remerciés de la détermination, de la classe, de la tenue de leur prestation respective, se hissant ainsi à la hauteur de la démarche qu’ils effectuaient. Et le ciel, auquel je faisais référence, comme pour mieux marquer la beauté de l’évènement de solidarité, illumina César JIMENEZ, qui récita dans une diction parfaite cette émouvante poésie si délicatement dite, qui lui a valu les trois attributs de son adversaire.
Miguelito LITRI et ses naturelles remarquables, Jesulin de UBRIQUE et Rafi CAMINO imposant leur autorité, Julien LESCARRET et son estocade d’école, Salvador VEGA et l’application de ses gestes, tous obtenant saluts et oreilles, n’ont pas joué les figurants et ont apporté, comme leurs ainés de dimanche dernier en Arles, une réconfortante et significative couleur d’espoir au mot « SOLIDARITE ».
Cette PRIMAVERA, malgré de médiocres moments qui feront débat ailleurs, devait cependant exister, pour que, deux mille ans après l’Empire, deux autres CESAR foulent le sable maculé et triomphent, somptueusement, comme les Empereurs qu’ils furent, l’instant d’une faena inoubliable.

Daniel bernabé



Festival en ARLES le 22 Février 2004


En Arles, un jour de pluie d’or….

Comme toujours quand il le décide, le ciel impose sa loi aux hommes, aveuglément injuste dés lors qu’elle frappe au hasard, sans avoir à se justifier.
Et toujours, dans ce cas là, ce sont les plus démunis, victimes désignées, résignées, qui paient le lourd tribut du sacrifice.
En ces jours là, en Arles, les éléments se sont joués des hommes, en détruisant leurs ouvrages, leurs digues, leurs maisons, leurs biens, transformant le Rhône et ses vaisseaux dormants en hémorragie dévastatrice.
Alors, comme une fourmilière détruite après l’orage ou le feu, des centaines, des milliers de fourmis valides, rescapées, ayant échappé à l’implacable fléau, ont émergé courageusement et, redoublant d’énergie et d’espoir, ont repris leur éternel ouvrage de reconstruction.
Elus, associations, bénévoles, responsables de tous horizons ont apporté leur concours et leur cœur à l’ouvrage collectif.
Et ce dimanche 22 février 2004, le ruedo arlésien, au cœur de l’antique cité classée, grava pour les décennies à venir en lettres d’or que la pluie n’effaça, six noms inoubliables dont certains, entrés depuis longtemps dans la légende tauromachique ont revêtu le cirque soudain illuminé de leur passé glorieux ressurgi par magie.
Manuel Benitez El Cordobez, José Maria Manzanares, Paco Ojeda, Emilio Munoz, Espartaco ont apporté le soleil, le respect, l’amour, la solidarité à ce peuple arlésien qui saignait de ses plaies douloureuses et pour lequel ils ont, chacun, offert la mort de leur toro ; mais la faena ne leur a pas suffi : chacun,dans le style qui le caractérise, a montré le comportement supèrieur de l’homme lorsque empreint de sa responsabilité, conscient de son action, il ajoute la grâce, la classe, l’esthétisme, à sa générosité.
Quant à Juan Bautista, je l’ai gardé pour la fin : plus jeune que ses illustres aînés, auteur lui aussi de grandes faenas, il occupe totalement sa place dans ce sextet exceptionnel de musiciens du ruedo : en effet, grande, très grande faena, ce jour là, de Juan et de sa famille, organisateurs de cette immense corrida d’émotion en faveur des sinistrés des inondations.
Merci maesto, merci MAESTROS, pour votre prestation, que vous avez su habiller, avec un cœur gros comme cà, de ce qui permet aux hommes de se respecter, de s’entr’aider, de s’aimer : l’émotion, non feinte, incontrôlable, profonde, celle qui réchauffe le ventre, qui fait trembler la peau, qui perle au coin de l’œil et qui engendre la certitude que la nature humaine se valorise lorsqu’elle est visitée par le Bien.

Nous vous offrons ce magnifique poême de Daniel BERNABÉ

La corrida d’un grand taureau.
Soudain il a jailli et ses pattes arrières
En labourant le sol projetaient la poussière,
Il se mouvait par bonds imprécis et nombreux
Libérant dans un trait ses fiers instincts fougueux.
Ignorant le calcul qui allait le contraindre
Il gaspillait ses forces que l’on verrait s’éteindre,
En cet instant trop court que le temps n’arrêtait
Le fauve jouissait de son plus beau portrait ;
Mais déjà il perçut des appels mesurés
Et entrevit, naïf, de brefs gestes dorés,
D’un saut il se livra à l’arme fugitive
Déçu de ne pouvoir en faire sa captive
Il sentit en son for, naître l’humiliation
Et doubla son effort, méprisant l’attention,
Il ne comprenait pas qu’ayant vaincu le vent
Combattu ses semblables en duels turbulents
Il ne venait à bout de ce leurre impalpable
Qui harcelait ses nerfs comme un taon exécrable,
Il tournoyait autour de cette ombre furtive
Qui enivrait ses sens voués à la dérive
Se grisait malgré tout de cette valse lente
Qui n’en finissait pas d’apaiser sa tourmente ;
Surpris il découvrit dans son champ de vision
Un étrange animal vêtu comme un espion ,
Reprenant ses esprits à la vue de ce traître
Il accourut vers lui, sentant sa foi renaître
Et enfonça ses cornes d’une telle puissance
Que des éclairs de feu jaillissaient en cadence ;
Arc bouté, muscles durs, il poussait dans sa nuit
Percevant au lointain un insolite bruit ;
Il fut victime alors de son premier malaise
Tandis qu’on le laissait respirer à son aise ;
Sur sa robe marbrée giclaient de noirs caillots
Dont les bulles éclataient comme de lourds sanglots ;
Il savait maintenant qu’il devait s’engager
Dans le plus grand combat qu’un taureau peut forger
Peu importait le prix car l’honneur de sa race
Ne devait pas souffrir d’une telle menace ;
Gonflé d’orgueil il s’élança sans réfléchir
Vers ce fétu brillant qui ne cessait de fuir ;
Malgré ces deux harpons qui meurtrissaient sa chair
Mue par un désir fou sa tête fendait l’air,
Devant se profila la cape provocante,
Il crut en un instant pourfendre l’arrogante
Mais elle s’esquiva une nouvelle fois
Juste quand il frappa la barrière de bois ;
Il ne renonça pas et poursuivit sa lutte
Il entra dans la grâce esquissant des volutes
Que lui dictait celui qui freinait son allant
Dans un rythme épuré par le génie savant :
Majestueuses passes, sublimes naturelles,
Statuaires galbées, envolées irréelles,
Par sa caste il donnait à ce grand répertoire
Une autre dimension, une saveur de gloire,
En faisant don de lui il sauvait son honneur
Voilà ce qu’il pensait au milieu des clameurs ;
Le ventre secoué par des nausées terribles
Se voilèrent ses yeux, moment irréversible ;
Il devait donc mourir sur ce sol étranger ?
Cette idée familière venait le soulager,
Soit, il allait mourir comme seul sait le faire
Un taureau qui devient un taureau légendaire,
Il rassembla ses forces dans un ultime effort
Et offrit son élan à cet homme plus fort ;
L’épée, comme un serpent dans son corps a plongé
Tétanisant ses membres, le maintenant figé,
Sa bouche resta close, quelle belle décence !
Alors il chancela et mourut en silence.

Daniel BERNABÉ



Creation
Photos © Patrick TAURIGNAN